Lisez un texte sur la fin des vacances, la rentrée et le retour au cocon familial. Le quiz travaille le vocabulaire avancé des sentiments, de la famille et des images utilisées par l'auteur.
Famille je vous aime : rentrée et vie familiale
Famille je vous aime …
” L’été agonise; les derniers vacanciers s’en vont. Déboussolés par l’absence des cousins et des copains, mes rejetons font leurs valises avec un mélange de morosité et d’excitation. C’est la rentrée ; elle signifie le retour à la norme, le repli dans le cocon familial. Nous allons nous retrouver entre nous et cette perspective efface la brume de mélancolie qui enveloppe le village presque inanimé. La reprise du boulot et de l’école n’est pas vraiment désolante quand on jouit du privilège de vivre en famille. Une marmaille pour semer le désordre, une mère pour le gérer, un père pour exercer une fiction de règne : voilà mon idéal de bonheur ici-bas (…). Certes je suis tenté, comme chaque année à l’approche des feuilles mortes, de rester ici quelques jours, seul, afin de procéder dans le calme à la rumination de mes fantasmes. Il m’arrive de succomber à ce mirage. Très vite l’ennui m’accable, je flotte dans ma tranquillité (…). C’est la même chose lorsque je largue les amarres. Passée l’ivresse des départs, je compte les jours qui me séparent d’eux. Au fond, je ne pars à la chasse aux émotions que pour leur ramener un butin d’images colorées (…). Je n’existe au sens plein du terme qu’en référence à ma tribu, et les ailleurs où je bourlingue valorisent tous notre terrier. C’est pourquoi j’assiste sans déplaisir aucun au bouclage des valises. Marie rentre en sixième : dès demain nous parlerons anglais à table pour la mettre dans le bain. Jean veut s’inscrire au club de foot : j’ai promis de lui acheter des crampons, pour peu qu’il s’abstienne pendant quelques jours de gifler François, lequel aborde la lecture avec un enthousiasme des plus incertains. Va-t-on mettre Henri à la maternelle ? Je suis pour, sa mère hésite (…). Tout cela nous promet des débats, des pugilats, des émois, des rires et des larmes. Surtout des rires. Evidemment, les lois étant ce qu’elles sont, je serais plus riche sans enfants, et fiscalement avantagé si je n’étais pas marié. Mais je poursuivrais sans appétit une existence sans finalité et sans allégresse.(…) En toute hypothèse, famille je vous aime … “.
Denis Tillinac
dans Madame Figaro, 6 septembre 1986.


