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Depuis le début 1998, le bâtiment se porte bien grâce à une conjoncture optimiste et à des mesures fiscales très favorables.

Après plusieurs années d’éclipse, le secteur vit une embellie radieuse qui fait apparaître ses talents mais aussi ses zones d’ombre.

LE BATIMENT VA BIEN, MERCI

Le bâtiment revient de loin. Florissant au sortir de la Seconde Guerre mondiale et durant les " Trente Glorieuses ", le second secteur industriel français a payé très cher les années de crise. Dans la seule région bretonne, le nombre de PME du bâtiment et des travaux publics a diminué de 30% entre 1980 et 1997 ; trois quarts des sociétés de plus de cent salariés et la moitié des entreprises de cinquante à cent salariés ont dû mettre les clefs sous la porte au cours des quinze dernières années. Depuis le début 1998, la tendance s’est enfin inversée et le bâtiment reprend du tonus. L’an passé, en effet, pour la première fois depuis sept ans, ce secteur industriel qui emploie 63000 personnes en Bretagne pour un chiffre d’affaires de 23 milliards de francs a renoué avec la croissance, principalement dans sa branche construction de logements.

Chronique d’une embellie

Les raisons de l’embellie sont bien connues. Elles tiennent d’une part à des facteurs conjoncturels généraux comme la baisse générale des taux d’intérêt et à la reprise globale de la consommation des ménages. D’autre part, elle a été déclenchée par une série de mesures d’encouragement à l’investissement : prêts à taux 0%, amortissement Périssol (pour la construction neuve destinée à la location) et incitations fiscales à la rénovation et à l’amélioration de l’habitat.

Celles-ci ont décidé les plus hésitants à concrétiser leurs projets au plus vite… Avant que les pouvoirs publics ne risquent de changer d’avis ! Après l’attentisme et les hésitations des années précédentes, 1998 témoigne d’une véritable ruée des investisseurs : 28000 logements ont été autorisés à la construction en Bretagne, soit une augmentation de 50% par rapport à l’année précédente. Dans le seul Pays de Brest, le nombre d’autorisations a progressé de 28,5% pour les maisons et de 89% pour les bâtiments collectifs, soit 1500 maisons et plus de 400 immeubles mis en chantier l’année passée. Craignant un feu de paille, les 5800 salariés et chefs d’entreprise du bâtiment de la circonscription de la CCI de Brest –645 établissements- modéraient jusqu'à présent leur enthousiasme et " attendraient de voir " comment se comporterait le marché en 1999. Justement, depuis le début de l’année, les carnets de commande ne désemplissent pas, les courbes d’activité observée et prévue pour les prochains mois dardent vers des plafonds qualifiés d’historiques par la profession.

" Tous ces indicateurs laissent présager une activité intense aux deuxième et troisième trimestres 1999 " indique le bulletin de l’INSEE Bretagne dont le numéro de juin 1999 était consacré à la conjoncture du bâtiment dans la région. Même l’année 2000 semble se profiler sous de bons auspices, puisque les mesures Périssol arrivant à échéance seront remplacées par un autre dispositif du même ordre, l’amortissement locatif Besson. Face à une telle surchauffe, l’outil de production amoindri par les années de vaches maigres, frôle la saturation : deux tiers des entreprises du bâtiment sollicitaient leurs hommes et leurs équipements à son maximum en avril 1999, contre un tiers au printemps 1997. Dans cette situation, beaucoup de chefs d’entreprise jouent la prudence et choisissent de sous-traiter les marchés auxquels ils ne peuvent répondre. D’autres souhaiteraient profiter de cette conjoncture porteuse pour faire progresser leur structure et cherchent à embaucher, mais n’y parviennent pas : " début avril 1999, de nombreux dirigeants envisageaient d’accroître le nombre de leurs employés pour ajuster les effectifs à la charge de travail. Mais près de 90% des chefs d’entreprises du gros œuvre éprouvaient des difficultés de recrutement en ouvriers qualifiés " détaille l’enquête menée conjointement par l’INSEE Bretagne et la fédération bretonne du bâtiment. Désertées au temps de la crise, les professions du gros œuvre ont du mal à séduire de jeunes recrues, malgré des salaires " qui ont progressé deux fois plus vite que l’inflation ces dix dernières années " affirme Jean Réguer, président de la Fédération régionale du bâtiment.

Les enchères montent, mais les embauches stagnent, faute de candidats. Dans les entreprises, on s’inquiète de l’application prochaine de la loi des trente-cinq heures : " Comment embaucher des ouvriers supplémentaires pour faire face à la baisse des heures travaillées alors que nous avons déjà du mal à trouver les bras nécessaires aujourd’hui ? " interrogent les artisans et les patrons de PME. La désertion des jeunes pour ces professions fait également craindre une pénurie de main-d’œuvre extrêmement préoccupante pour les prochaines années, quand toute une classe d’âge sera candidate au repos. Autre " vice caché " révélé à l’heure de la reprise, la persistance de prix de marché très bas met à mal la profession.  " Depuis une dizaine d’années, ce sont les clients et la collectivité publique qui ont bénéficié de nos gains de productivité, pas nous " expliquait il y a quelque mois Jean Réguer.

" Dans le contexte très tendu des dernières années, la concurrence s’est accrue. Pour rester dans la course, les entreprises n’ont pu augmenter leurs prix depuis près de six ans. Quand on sait que le niveau des charges sociales comme le tarif des fournitures n’ont pas marqué le pas, on comprend les problèmes de trésorerie que peuvent rencontrer les professionnels du secteur. Beaucoup sont sur la corde raide et doivent accepter des chantiers à prix plancher pour éviter de couler ", renchérit Raymond Quintin, président de la chambre de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment du Finistère (CAPEB).

 

" Même les particuliers ont pris des habitudes de mise en concurrence très dures. Pour une chambre à 5000 F, il n’est pas rare de les voir confronter cinq devis différents ", poursuit cet artisan qui estime la concurrence particulièrement féroce dans la région brestoise où se concentrent un grand nombre d’entreprises.

Très sourcilleux quant aux prix pratiqués, les clients à la construction d’une maison individuelle sont 40% à choisir de confier leur projet à des " industriels du pavillon " ou " pavillonneurs ". Ces bureaux d’études ont mis au point des techniques de fabrication en série qui leur permettent de proposer des produits à tarifs très compétitifs sur lesquels s’expliquent les représentants du secteur.

Ces entreprises sont des sociétés commerciales et non des entreprises du bâtiment. Elles font travailler des artisans à très bas prix et emploient " des tâcherons " pour poser des matériaux qu’elles achètent en gros " résume Jean Réguer. Il oppose ces méthodes de travail à celles des entreprises générales du bâtiment qui emploient leurs propres compagnons et réalisent des chantiers à l’unité en suivant les chartes de qualité de la profession. " Les pavillonneurs sont nombreux à ne pas respecter les normes de sécurité et les lois de protection des acheteurs et des sous traitants. A tel point que le ministère de l’Intérieur mène actuellement une enquête sur les pratiques de ces " marchands de maisons " qui ont fleuri avec l’embellie du bâtiment " ajoutent Jean Réguer et Jean-Robert Charlet, son secrétaire général. Les deux hommes, comme leur homologue de la CAPEB, s’inquiètent également de la prolifération du travail clandestin dans les professions du BTP. "  Nous attendons depuis plusieurs mois la baisse de la TVA de 20,6% à 5,5% sur les activités à forte proportion de main d’œuvre.

Cette transcription d’une directive européenne dans la législation française, annoncée l’année passée, permettrait de réduire les écarts de prix entre les travaux de rénovation et d’entretien réalisés en sous-main et les travaux effectués au grand jour " conclut Jean Réguer.

"courants" numéro 75 septembre-octobre1999

 

Vos réactions : S. Pierrefeu : kerrien.ciel@cci-brest.fr

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