Cartes postales

Chère Petrica,

Je suis en Bretagne. Au camping, il y a une piscine climatisée, un restaurant, une cafétéria, un cours de tennis, un grand supermarché. Je joue au tennis de table, à la pétanque, au basket. Au camping, j’aime le groupe " Sandales Sales ". Je déteste les toilettes sales, les mouches et les moustiques. Au camping, je parle et je joue avec mon amie Sophie. Le camping est génial !

A bientôt,

Mihai

Cher Stelian,

Je passe de très bonnes vacances au camping " Le Paradis ". Les Bretons sont beaux. J’aime les activités. J’aime bien les crêpes. Mes voisins chantent et dansent toute la nuit. Je déteste la pêche et les chansons que mes voisins chantent. Mon amie Natasha est géniale, elle aime bien la pêche. Oh, mes voisins sont insupportables !

J’espère que tu vas bien. Salut !

Catalina

Chère Maman,

Je suis en Bretagne. Ici, le temps est beau, et le soleil est brûlant. Le ciel est bleu, sans nuages. Les hommes sont très gentils. Mon voisin s’appelle Pierre. Il est grand, sympathique, blond et maigre. Il a deux frères. Ils sont plus petits mais très gais. Tous ensemble, on joue à la pétanque. Ce jeu est très amusant. Ils aiment manger de la pizza, des crêpes sucrées et aussi de fruits de mer. Je rentre à la maison le 10 mai 1999.

Je t’embrasse,

Levent

Classe de VIème

Nicolae Grigorescu, un classique de la peinture roumaine.

(le grand peintre roumain a vécu en France)

Nicolae Grigorescu est roumain de toute son âme et dans tous les aspects de son œuvre … L’amitié des maîtres français ne l’arrachait pas à sa rêverie roumaine, à l’image de la grande plaine danubienne argentée de poussière, à ce doux pays de collines, avec ses vignes et ses petites maisons blanches couvertes de barreaux.

Il reste un poète (son art est un chant d’oiseau), Roumain par la tendresse, par le fin lyrisme, par la qualité de sympathie qu’il met dans la peinture, dans le choix de ses motifs, par ce qu’il y a de caressant et de spirituel dans son style.

Le peintre détient, dans l’art roumain, et dans la culture roumaine en général, une place de premier plan. Originaire du milieu paysan, il a réussi, par son travail opiniâtre, à faire fructifier le talent d’exception que la nature lui avait donné, et à créer une œuvre dans laquelle son peuple s’est toujours retrouvé dans ce qu’il avait de meilleur, de plus pur, de plus beau comme pensée et comme action, comme aspiration. C’est pourquoi, même si, à certains égards, quelques-uns de ses successeurs l’ont parfois dépassé (apportant soit une nouvelle vision, peut-être plus grave, comme Andreescu, soit une meilleure compréhension de la fonction de la couleur, comme dans le cas de Luchian, soit une ouverture plus large à la modernité, comme Patrascu et Pallady), Grigorescu reste et restera, dans la conscience collective roumaine, pour la vaste majorité des amateurs d’art, le grand peintre national, le classique incontestable.

Surla Anca

Classe de Xème A

J’aime le français.

J’aime la langue française sans motivation matérialiste. De nos jours, tous les jeunes disent : " Je fais ça parce que c’est bien payé ". Moi, j’aime le français comme j’aime la musique, la danse, la poésie. C’est mon jardin secret, mon affaire de cœur. Quand j’écoute ma prof de français parler, je me sens envahie d’un plaisir énorme, comme si j’entendais le chant d’un oiseau. Pour moi, la France a la sonorité d’une fleur qui s’épanouit.

Au commencement, quand j’ai découvert le français, j’étais seule à l’aimer, car tout le monde autour de moi parle en anglais : c’est cool. Même mon père me disait : " Qu’en feras-tu, de ton français ? Tu vois que toutes les entreprises ne demandent que de l’anglais ". Maintenant, je n’écoute plus. Je suis très fière de mon français. C’est vrai que je suis une romantique qui se sentirait plus heureuse au dix-huitième siècle, en robe à crinoline. Pour moi, l’élégance vient de Paris ; le bon goût aussi.

Je suis élève en terminale, et je voudrais faire des études qui me permettent d’avoir une certaine indépendance financière ; mais, en même temps, je voudrais vivre en utilisant mon français. Je vais me battre parce que ça vaut le coup. Rêver en français, c’est une grande joie !

Georgeta Dima

Classe de XIIème

Témoignage de Philippe, enseignant français de mathématiques.

Buna ziua ! Mã cheamã Philippe, am ajuns în Romania de douã sãptãmîni ºi sînt professor de matematic. Am învãþat puþin româneºte dar je vais continuer en français pour des raisons évidentes… Avant d’arriver à Eforie Sud, je n’avais aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler un lycée roumain. Pourtant, l’année dernière, au cours d’un festival international de théâtre en langue française au Québec, j’avais pu admirer – le mot n’est pas trop fort – le travail d’une troupe d’élèves de Baia Mare. Des treize nationalités présentes, ils étaient de loin les plus " professionnels " : jeu, déplacement sur scène, prononciation et fluidité du français, engagement personnel … L’a priori était favorable, les divers avis que j’avais pu recueillir reconnaissaient l’efficacité scolaire des anciens pays communistes.

Les premiers cours auxquels j’assistai confirmèrent ces prédictions ; les élèves de la classe de 8ème de madame Gelmambet savaient faire les calculs de ma classe de 10ème en France, très correctement et combien plus rapidement ! Au lycée, avec madame Moraru et monsieur Becherescu, de la 9ème à la 12ème, c’était la même chose, et de plus en plus fort : je vous voyais faire des exercices que je n’ai faits, moi, qu’en première ou en deuxième année d’université ! Très impressionné donc par le niveau des exercices et des sujets abordés …

Parlons maintenant de l’attitude des élèves en classe. J’ai été professeur ces deux dernières années à Istanbul : mes élèves étaient turcs, très sympathiques, plus ou moins sérieux, et surtout très remuants, très " dynamiques ". J’ai vu des élèves québécois : très sympathiques, eux aussi, mais surtout très, trop (!) sages. Je placerai facilement les petits Français entre ces deux " niveaux d’énergie ", et n’essaierai pas de vous appliquer cette échelle. J’ai eu, en effet, l’impression que votre activité n’était pas de même nature. J’ai été très surpris de la manière extrêmement volontaire, déterminée des élèves, ici, de participer, de venir au tableau, et ce jusque dans la démarche, assurée, conquérante – " on va lui faire sa fête à cet exercice ! " - ou encore dans l’écriture, rapide, rarement interrompue par des fautes de calcul … En France, parce que le prof vient d’une autre planète peut-être, venir au tableau représente la chose la plus effrayante et la plus honteuse qui soit. Au Québec, on raconte qu’en 1993, pas très loin de Montréal, un élève aurait été aperçu une craie à la main ; mais l’information, qui fut beaucoup commentée à l’époque, n’a jamais pu être confirmée. Un professeur turc, parce qu’il avait imprudemment oublié de choisir, dans la forêt des bras levés, celui qui viendrait au tableau, est mort piétiné par sa classe de 6ème.

Bien entendu, ces différentes attitudes dépendent beaucoup de la personnalité des élèves et de celle du professeur, mais je crois avoir aperçu ici, dans les classes que j’ai pu observer, une activité que l’on pourrait qualifier de plus mature, comme on n’en rencontre en France que beaucoup plus tard, à l’université.

En bref, et parce que le temps passe, ces deux semaines à Eforie furent pour moi très agréables et très instructives. Je repars en France plein de leçons et de bonnes idées, conforté dans mon estime pour le système scolaire roumain.

Avec toute ma sympathie et tous mes encouragements

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