Expolangues 98, pays à l'honneur : le Japon.
Université Nihon , petits boulots à Tokyo,
arrivée en France en été 96, études de langue, puis de Lettres modernes depuis la rentrée 97 :
Masahiro CHOYA, 26 ans, originaire de Kamakure,
nous dévoile les motivations qui peuvent sous-tendre
le cheminement d'un jeune japonais dans l'apprentissage de la langue française .


Il y a une dizaine d'années, le Japon était à l'apogée de sa puissance économique, et on y jouissait de la vie sans soucis. Mais après les sommets vint l'amorce d'une descente, la crise semble sans issue, le taux de chômage ne cesse d'augmenter. Bref, c'est comme en France. Dans cette sombre conjoncture, l'homme s'interroge sur son devenir …

J'ai décidé de faire mon apprentissage du français en France, choisissant la province parce que les occasions de parler en japonais y sont rares, ce qui est propice au repli sur soi. L'intégration n'est pas facile, en effet - mais cela n'est pas dû à un quelconque rejet : si les Français connaissent mal le Japon, ils ne le détestent pas. Ce que m'a apporté ma venue en France, c'est tout d'abord la force d'accepter la différence de mentalité. Race, société, culture : tout y est différent pour un Japonais ; d'où une inévitable prise de conscience de l' " ego ". En même temps, cette expérience amène aussi une libération du " Moi ", loin des conventions orientales. Il semble que ce processus de découverte de sa propre personnalité ne soit pas possible au pays natal, où l'uniformité est synonyme de perte d'originalité.

Pourtant, cette quête de soi oblige à supporter la solitude. Elle est, certes, " une des études principales de la jeunesse ", et la source de la tranquillité de l'âme et du bonheur, mais elle implique l'isolement qui accompagne toujours le combat contre la facilité de l'évasion. Mais la joie sans obstacle est pareille à la promenade nocturne sans étoiles. Une des choses les plus précieuses serait de pouvoir " changer la vie ", selon la formule de Rimbaud. La recherche intérieure est difficile, si bien que la quête de l'absolu dure pour toujours.

Masahiro CHOYA