Exercices FLE gratuits

Compréhension


level Expert

Le fil(s) d’Ariane parle grec


La leçon

Question : J’imagine que beaucoup de vos élèves vous demandent pourquoi vous êtes venu en Grèce ?

Réponse : Oui, c’est vrai, au bout d’un certain temps de « maturation » où chacun apprend à se

connaître, survient cette question qui leur brûle les lèvres, comme dirait l’autre, (j’aime bien cette

expression). Alors je leur réponds du tac au tac que c’était d’abord pour des raisons professionnelles.

Étant à l’Alliance Française de Paris, on m’a proposé un poste en Crète pour une année. Ne parlant

pas à l’époque un traître mot de grec, j’ai sauté sur l’occasion. En fait, dès le début, j’ai été fasciné

par la Crète et la Grèce en général.


Question : Comment expliquez-vous cette fascination? N’avez-vous pas ressenti le besoin de

communiquer et d’apprendre le grec pour mieux vous intégrer dans une société insulaire ?

Réponse : D’une certaine manière, assez tôt s’est posé le problème de la communication. La Grèce

touristique ne m’intéressait pas, j’ai d’ailleurs très peu visité de sites archéologiques. Non, en fait

quelques années plus tard j’ai compris sur quoi reposait cette fascination. Elle était basée sur ma

propre ignorance face à la civilisation grecque antique et moderne, mais aussi sur une remise en

question des certitudes qui m’avaient construites jusque là.


Question : Pouvez-vous nous expliquer ce processus de remise en question ?

Réponse : Étrangement, je me suis dit que pour commencer « je ne savais rien », comme

Socrate, « je sais que je ne sais pas » et ce manque a créé du désir, le désir d’apprendre tous les

jours. Bien sûr, on me demandait de jouer mon rôle de professeur. Il y avait comme une

contradiction qu’il fallait résoudre car on demande toujours au professeur de transmettre des

connaissances et en l’occurrence ma langue maternelle et la culture qui l’accompagne.


Question : D’accord, mais y-a-t’il eu un élément déclencheur dans cette décision de vous installer

définitivement en Grèce et d’apprendre le grec ?

Réponse : Tout à fait, et même deux éléments déclencheurs. Le premier fut la découverte par

hasard d’un article de Vassilis Alexakis dans le journal Le Monde que je lisais frénétiquement

comme attaché à ma planche de salut. Cet article datait de mars 1996 et relatait la mort d’Odysseas

Elytis, c’était donc un article nécrologique assez court. J’y apprenais l’existence d’un poète immense,

un an après sa mort, qui avait étudié le français, traduit des auteurs français et avait même poussé

le vice jusqu'à prononcer comme Seferis son discours du prix Nobel en français. Comble du bonheur,

il était présenté comme le représentant du surréalisme en Grèce (avec son ami Andreas Embeirikos),

mouvement artistique qui a influencé mon adolescence provinciale où je m’ennuyais à mourir.


Question : Ainsi vous veniez de découvrir que la Grèce contemporaine avait elle aussi sa modernité

littéraire et qu’elle passait par une relation étroite avec la France ?

Réponse : En quelque sorte, oui. Car cet article a agi comme une boite de Pandore, dans laquelle,

lorsque tous les maux de la Terre sont sortis, il ne restait plus que l’espoir, qui meurt en dernier

comme on dit en grec. Elytis m’a amène à Seferis, l’autre prix Nobel grec que j’ignorais

honteusement, lui aussi pur produit de cette éducation où le français jouait un rôle prépondérant.


Question : Quels étaient les deux autres éléments déclencheurs que vous avez cités ?

Réponse : Merci de me ramener à mon fil d’Ariane. Vous avez raison de le rappeler car c’est souvent

l’image que j’utilise pour expliquer ce transfert de sa langue maternelle à une autre qui nous est

étrangère, celle du labyrinthe. Je m’explique : apprendre une étrange langue étrangère, c’est comme

prendre la place de Thésée dans le labyrinthe. D'abord, il faut « tuer » sa peur de l’inconnu qui

s’appelle Le Minotaure et ensuite il faut avoir son fil d’Ariane qui nous ramène à la sortie du

labyrinthe. On quitte sa langue maternelle pour mieux y revenir en passant par les méandres d’une

autre où chaque impasse nous pousse à faire un pas supplémentaire et par là-même à nous

familiariser avec cette « nouvelle cartographie du langage ». Cela a l’air abstrait... j’« épouse » au

sens propre les lignes de mon expérience. Le professeur jouant sans le savoir le rôle d’Ariane, ou

plus exactement tous les professeurs sont les enfants d’Ariane.

Donc le deuxième élément déterminant fut une élève bibliothécaire de la faculté des lettres qui lors

d’un cours, à la question banale "Quel est ton écrivain préféré ?" a répondu "Konstantinos Kavafis".

J’avoue ma totale méconnaissance de ce nom, elle s’est étonné de ma réaction pour quelqu’un qui

se croit « cultivé ». En France, on dit que la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié .Depuis

ce jour « béni », j’ai décidé d’apprendre le grec pour lire d’abord Kavafis et les grands auteurs grecs

depuis la Révolution. J’ai même traduit de la poésie comme Bolivar de Nikos Engonopoulos.


Question : Finalement, votre objectif premier n’était pas avant tout de communiquer ?

Réponse : C’est vrai, j’ai dû d’abord aimer la langue grecque et ses poètes pour ensuite décider de

communiquer comme un citoyen d’Athènes qui se promène dans sa cité. Et j’ai remarqué que plus

j’apprenais les particularités de la langue grecque, plus, en retour, je comprenais en français des

structures de sens ou de syntaxes auxquelles je n’avais jamais fait attention auparavant.


Question :Pouvez- vous donner un exemple ?

Réponse : Par exemple la notion du genre neutre en français n’est pas aussi claire qu’en grec. C’est

en apprenant le grec ou le neutre s’incarne comme un genre à part entière que j’ai mieux compris

cette structure. Ainsi « il y a » est invariable quand il est suivi du singulier ou du pluriel, ce qui est

impensable en grec. «Cela» va s’en dire, que remplace «cela» ? L’air du temps, il y a des jours

comme «ça», c’est qui «ça» ? En fait, le neutre existe en français mais il est caché, impersonnel, il

évite de se définir comme un genre, car au sens propre, il fait mauvais genre.


Question : Ne pourrait- on pas dire qu’une langue étrangère pour mieux se comprendre et se

transmettre doit s’éprouver et s’affronter à la différence d’une autre qui par là-même lui est aussi

étrangère ?

Réponse : Exactement. C’est comme un couple, l’homme ne devient véritablement un homme que

lorsqu’il se sent attiré par le charme d’une femme qui le fascine d’autant plus qu’elle demeure un

mystère pour lui. C’est exactement la même chose avec la langue sachant que les mots ne

s’incarnent que dans l’oralité et les acteurs nous apprennent qu’ils s’enracinent dans le jeu par leur

corps, leurs émotions, leur pensée, en action sur scène... et la scène c’est la classe, ni plus, ni moins.


Question : Finalement, la Grèce constitue pour vous comme un retour aux sources, source de la

pensée, de la poésie et donc de la langue ?

Réponse : Je le crois terriblement et je le vis chaque jour. J’ajouterais source de la tragédie car

j’oubliais le troisième élément révélateur qui nous ramène aussi à l’actualité des réfugiés, de la

catastrophe humanitaire sous nos yeux, un siècle après la catastrophe de Smyrne. J’ai fait le pari de

rester en Grèce malgré toutes les difficultés sociales et économiques un jour de décembre 1997. Je

devais revenir au Pirée en bateau une nuit d’hiver quand tous les téléviseurs montraient des

paysages de neige à n’en plus finir vus d’hélicoptère. Une catastrophe aérienne avait eu lieu et les

passagers du bateau hypnotisés par les recherches des débris de l’avion ne perdaient pas une

seconde de l’événement. On venait d’apprendre qu’un avion militaire transportant des jeunes

militaires chargés de retrouver la trace de survivants éventuels venait lui aussi de s’écraser. Alors au

fond de ma propre nuit, seul sur ce navire au nom de monastère, j’ai pensé à cette image fascinante

et terrifiante de ce pays où ceux qu’on envoyait pour sauver les premières victimes devenaient elles

aussi les secondes victimes expiatoires d’un minotaure invisible au fond d’un labyrinthe à taille

humaine.



Exercice n°1 : Quels sont les trois éléments qui ont provoqué le choix de la Grèce comme pays d'adoption ?


Question n°1

(trois réponses attendues)

Corriger la question

 


Exercice n°2 : Trouvez les équivalents des expressions qui suivent.


Question n°1

"je leur réponds du tac au tac"

Corriger la question

Question n°2

"j'ai sauté sur l'occasion"

Corriger la question

Question n°3

"être une planche de salut"

Corriger la question

Question n°4

"en passant par les méandres de..."

Corriger la question

Question n°5

"L'air du temps, il y a des jours comme ça"

Que représente "ça" ?

Corriger la question

Question n°6

"J'ai fait le pari de rester en Grèce malgré toutes les difficultés sociales et économiques un jour de décembre 1997."

Corriger la question

 

Exercice n°3 : Relevez les expressions qui relèvent de la mythologie grecque.


Question n°1

Le (Pour vous aider: la première lettre est un M)


Le (Pour vous aider: la première lettre est un L)


(Pour vous aider: la première lettre est un T)


Le fil d' (Pour vous aider: la première lettre est un A)


Corriger la question

 

Exercice n°4 : En quoi l’apprentissage d’une langue étrangère joue-t-il un rôle moteur dans la compréhension de langue maternelle ?

Réponse personnelle comme exemple :

Plus on apprend la structure d'une langue étrangère (syntaxe, vocabulaire, phonétique...) plus on est amené à réflechir sur le fonctionnement de la langue maternelle et donc à mieux la connaître.


 

Exercice n°5 : Pour aller plus loin ... une production écrite

Vous-même, diriez-vous que le fait d’apprendre le français a influencé, modifié la perception de votre propre langue ? Si oui, à quel niveau ? (Prononciation, lexique, syntaxe, grammaire…)

Écrivez un article argumenté dans lequel vous expliquez ce processus de réciprocité.


Réponse personnelle comme exemple :

L'absence du genre neutre en français, il est sous-entendu. En grec, l'âge s'exprime avec le verbe être comme en anglais, alors qu'en français, c'est le verbe avoir (J'ai 20 ans) on a un tempe donné.


 

Auteur de l'exercice :



Frédéric Godineau


Contributeur

Grèce
Professeur de FLE. Diplôme d'Aptitude à l'Enseignement du FLE (DAEFLE), Alliance Française, Paris. Licence de Cinéma Audiovisuel à l'Université Paris VIII. DEUG de Cinéma Audiovisuel à l'Université Paris VIII.

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