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"Y a du jeu dans le signe" entretien avec Louis-Jean CALVET


La leçon





Par Jacques Pécheur

Quand les malentendus du discours remettent en cause la théorie du signe chère à Saussure. Une piste pour les didacticiens et les pédagogues. Louis-Jean Calvet mène l’enquête. Entretien.

 

Quelle continuité entre Le Regard politique sur le signe consacré à Roland Barthes en 1973 et ce Jeu du signe en relation avec Ferdinand de Saussure que vous venez de publier ?

Louis-Jean Calvet :Bien vu ! D’autant mieux vu, d’ailleurs, que l’éditeur m’avait suggéré d’écrire un livre sur Saussure, que j’écrirais deux ans plus tard (Pour et contre Sausssure) et que j’avais préféré Barthes, sur lequel je faisais un cours à la Sorbonne. Oui, depuis 37 ans, à côté d’autres travaux, d’autres recherches, je réfléchis sur le signe. Et il n’est pas indifférent de noter que j’avais lu Barthes au début des années 1960, avant de lire Jakobson et Martinet puis d’étudier la linguistique. C’est par Barthes que j’en suis venu à la langue. J’ai ensuite rencontré le dogmatisme saussurien, je veux dire le dogmatisme de ceux qui enseignaient Saussure. Et j’ai tout de suite eu l’impression que la théorie saussurienne du signe ne collait pas, qu’il y avait du jeu dans le signe…

Au fil d’une enquête quasi policière, on assiste à une mise en pièces de la théorie saussurienne du signe... Sur quoi s’appuie-t-elle et pourquoi ?

L.-J. C. : Il y a d’abord un choix, celui de prendre le lecteur par la main et de le mener dans une promenade à travers des exemples montrant que la théorie saussurienne ne marche pas : les lapsus, la chanson, les énantiosèmes*, les jeux de mots, etc. Une enquête donc, dans laquelle j’invite le lecteur à réfléchir avec moi sur ce qu’on appelle le« signe », avec un signifiant et un signifié, pour conclure que nous n’avons pas besoin de cette dualité, qu’il y a de la forme pure (disons du signifiant) à partir de laquelle nous nous débrouillons pour nous comprendre… ou pour ne pas nous comprendre. Cette « mise en pièces » s’appuie donc sur la prise en compte de dizaines d’exemples, qui, tous pris isolément peuvent paraître secondaires, périphériques, mais qui dans leur ensemble nous mènent à une conclusion aveuglante : la conception saussurienne du signe ne permet pas d’en rendre compte.

Et les lapsus ? Pourquoi cette attention aux lapsus ?

L.-J. C. : Il y a deux façons d’analyser les lapsus. La première, un peu mécaniste, se place du point de vue phonétique : elle s’en tient à une approche technique. La seconde, celle que je pratique, considère aussi les lapsus comme produits de l’inconscient. Ces rapports entre langue et inconscient sont souvent négligés par les linguistes, qui ont pour la plupart rejeté en bloc l’œuvre du psychanalyste Jacques Lacan par exemple. Mais Lacan, s’il modifiait un peu la théorie saussurienne du signe, en donnant une place plus importante au signifiant, conservait le signifié. J’ai tenté de montrer que nous n’avions pas besoin de cette notion. En fait, tout se passe comme si on avait conservé religieusement ce signe à deux faces, sans le mettre en question.

Quant aux anagrammes*, elles ont fasciné beaucoup de monde depuis Saussure jusqu’à Lacan... Vous leur accordez une grande place dans cette déconstruction théorique.

L.-J. C. : Il s’agit bien sûr de ce qu’on a appelé les « anagrammes de Saussure », ces recherches de l’ombre sur l’idée que les poètes latins inséraient dans leurs œuvres des réseaux de sons qui portaient un sens sous-jacent, ou subliminal. Je précise cela parce qu’une anagramme est toujours écrite. Or chez Saussure, les « anagrammes » sont portées par des sons, par le signifiant. Et il a abandonné ses recherches lorsqu’il s’est rendu compte qu’elles entraient en contradiction avec la linguistique qu’il enseignait. Saussure recule toujours devant l’hypothèse de l’inconscient, il ne veut voir la langue que comme une machine à encoder.

Et que vient faire le chanteur Bénabar dans cette déconstruction ?

L.-J. C. : Dans le passage de Bénabar que je cite, il y a une ambiguïté (que l’écriture lève et qu’il faudrait noter en phonétique) lorsqu’il chante « j’ai tout vu, j’ai tout lu, jétufé, j’étouffe encore ». Ce qui vient avant jétufénous pousse à entendre « j’ai tout fait », ce qui vient après nous pousse à entendre « j’étouffais ». Le sens émis n’est pas dans une relation univoque, indissociable, entre un signifiant et un signifié, mais soit dans une action de ce qui précède, soit une rétroaction de ce qui suit. Le sens se construit par les tâtonnements du récepteur.

Tout se passe comme si votre anti-théorie du signe fondait une théorie du malentendu. Cette approche pourrait être très productive pour les didacticiens et les pédagogues…

L.-J. C. : J’avoue que je n’y avais pas pensé. Bourdieu considérait la compréhension comme un cas particulier du malentendu, et il est vrai que de nombreux « ambiguillages* » permettraient de faire réfléchir les apprenants. On pourrait imaginer de donner une place à ces ratés potentiels de la communication, de montrer comment on les résout, comment on communique malgré la langue. Le jeu du signe deviendrait ainsi un plus pédagogique.  ■

 

LEXIQUE

  • énantiosème : un énantiosième est un mot qui dit à la fois une chose et son contraire (par exemple hôte qui désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu).
  • anagramme : mot obtenu par transposition des lettres d’un autre mot (par exemple Marie et aimer).
  • ambiguillage : aiguillage ambigu

 

EXTRAIT

« [Bobby Lapointe et ses ambiguillages (ces aiguillages ambigus)] pose sans le savoir un problème théorique central qui intéresse fortement le linguiste. Lorsqu’il rapproche par exemple marinier et mari niais, péniche et paix niche (“Mon Père et ses verres”), République et raie publique(“La Maman et les poissons”), lorsqu’il voit (et nous fait entendre) crème à raser dans « ma face de carême, harassée » ou cosmétique dans « ils font rire les gosses mes tics » (“Le Tube de toilette”), lorsqu’il chante « votre saindoux pour le corps c’est  que mes vers pour l’âme sont » ou « cette graisse à masser » (“Je suis  né  au Chili”), il multiplie certes les calembours et les à-peu-près et fait rire, mais il porte surtout le fer au centre de la théorie du signe. Car le problème n’est pas tant de montrer en quoi la graphie peut encoder des jeux de mots, […] mais surtout de souligner que le signifiant phonique remodelé par la musique peut être décodé de différentes façons. »

■ Louis-Jean Calvet, Le Jeu du signe, Seuil, Coll. Fiction & Cie, 2010, p. 67-68.

Louis-Jean Calvet, auteur de nombreux livres consacrés à la théorie des langues, à la linguistique, à la sémiologie et à la chanson française, Louis-Jean Calvet est professeur de linguistique à l’université de Provence.

Article issu de la publication Le français dans le monde n° 371. Article didactisé dans le cadre du partenariat Bonjour de France et FDLM.


Exercice n°1

Aide : Sur le chemin de L' ANAGRAMME... ou GARE MAMAN !!!

MAIS QU'EST-CE QU'UNE ANAGRAMME ?

"C'est un mot obtenu par la permutation des lettres d'un autre mot." (Définition du Dictionnaire de la langue française) 

Exemple : AIMER est l'anagramme de MARIE.

Et comme le dit si bien Henry de MONTHERLANT   "ÉTERNITÉ est l'anagramme d'ÉTREINTE".

À VOUS DE JOUER !!!


Question n°1

QUI SE CACHE DERRIÈRE CES MOTS ? Exemple : AVIDA DOLLARDS = SALVADOR DALI

DÉMASQUA LE DÉSIR

LE MARQUIS DE SADE

SATAN LE PARJURE

JEAN-PAUL SARTRE

LYNCHER MA FOI

MICHEL ONFRAY

PASCAL OBISPO

PABLO PICASSO

BISON RAVI

BORIS VIAN

ALCOFRIBAS NASIER

FRANÇOIS RABELAIS

MARGUERITE DE CRAYENCOUR

MARGUERITE YOURCENAR

RAUQUE ANONYME

RAYMOND QUENEAU

PAUVRE LÉLIAN

PAUL VERLAINE

RIEN N'EST ÉTABLI

ALBERT EINSTEIN

 


Exercice n°2

Aide : Repérez dans le texte de la chanson de Bobby LAPOINTE les AMBIGUILLAGES.

Écoutez attentivement cette chanson de Bobby LAPOINTE.



Lapointe Bobby - le tube de toilette par Salut-les-copains


Question n°1

Associez l'ambiguillage de Bobby LAPOINTE à la bonne formulation (1)

les touches t'y aident

les douches tièdes

mais mon chant point

Mets mon shampoing

(Il s'ra peut-êt' pas) sal' demain

Salle de bains

(Il m'aura en tout) cas miné

cabinet

c'est bien la vé-(rité)

C'est bien lavé

(ç)a nous le savons

À nous le savon

quand de toi l'aide

Gant de toilette

cela va beau-(coup)

Ce lavavo

(Le dernier mot qui t'a) servi était : "Ponds-je"

Serviette éponge

 

Exercice n°3

Aide : Jeux de mots laids (jeu de mollets), calembours et autres "ambiguillages"...


Question n°1

Associez l'ambiguillage de Bobby LAPOINTE à la bonne formulation (2)

(on) verra dans

verre à dents

(c'est le) bide, et

bidet

ou à taire

water

(que d') aut' la vendent

Eau de lavande

(Ma face de) carême harassée

Crème à raser

(Pour sûr au)ra ce soir les tics

Rasoir électrique

(Ils font rire) les gosses mes tics

Les cosmétiques

(Sur ma gueule d'em)peigne à moustache

Peigne à moustache

 

Auteur de l'exercice :



Français dans le Monde


Partenaire

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